Il était une fois... CIEL

Il était une fois... CIEL
Février 2005: Il était une fois... Il était une fois plusieurs lycéens, motivés à lutter contre la loi fillon... (pour rappel : socle minimum de connaissances, bivalence des professeurs...), organisant avec les moyens du bord une manif dans leur lycée de province, dominé par la paresse et le luxe! Plus de 700 lycéens (sur les 1800 que compte le lycée) se retrouvent dans la rue pour chanter tous en ch½ur « FILLON T'ES FOUTU ». Le mouvement est lancé et la bataille amorcée...
Il était une fois ces lycéens organisant petit à petit les manifs, puis les différentes actions, la presse, dans une ville puis l'autre, puis Nice... Forts de nombreux lycéens motivés de l'académie, souhaitant un vrai militantisme de terrain et un fonctionnement non bureaucratique, le collectif se crée. Le cadre de la loi FILLON est dépassé !!! Les objectifs sont nombreux et la détermination toujours la même...
Malgrè les galères financières et matérielles, les campagnes sont menées (lutte contre les discriminations, l'extrême droite, pour la valorisation de l'enseignement professionnel...) et se multiplient. Peu à peu, l'engouement s'étend aux étudiants et le collectif devient CIEL (Collectif Indépendant des Etudiants et lycéens), remportant plus de la moitié des sièges aux élections locales.
Il était une fois ce collectif prenant un peu d'ampleur, touchant d'autres académies, par le biais des coordinations nationales, créant des réseaux multiples, dans le meme temps où il devenait 1ère force lycéenne et étudiante dans l'académie...
Il était une fois, ces memes lycéens et étudiants luttant pour leur avenir, sauvegardant leurs acquis sociaux et le droit du travail. S'opposant farouchement au Contrat Précarité Exclusion (CPE) et à la loi sur l'égalité des chances (travail de nuit pour les mineurs de moins de 15 ans, apprentissage à 14 ans, responsabilité parentale...), ils menèrent un mouvement de plus de trois mois. Blocage le matin, puis manif, puis AG, puis conf' de presse, puis occupation des lieux... et puis et puis 3 mois d'une aventure humaine inoubliable !
Il était une fois des lycéens et des étudiants, dont je fais partie, créant un collectif, sans le poids d'une structure nationale, aux ambitions modestes, aux aspirations simples : redonner la parole aux jeunes et faire avancer les choses, à notre manière...
Il était une fois CIEL, souhaitant bouleverser l'ordre préétabli...

# Posté le samedi 06 janvier 2007 17:27

Modifié le mardi 09 janvier 2007 16:04

Un éveil... politique et syndical !

Un certain 21 avril 2002, la démocratie trembla. Le Pen accédait au 2ème tour et avec lui les valeurs de haine et d'intolérance... Devant ma télé, pour la 1ère fois, je pleurais pour de la politique... Ridicule ? Sûrement. Mais peut-être, comme une enfant encore un peu naïve de 12 ans, j'avais compris le danger que pouvait représenter le front national.
S'en suit alors mes premières manif's (il faut un début à tout !), mes premières revendications. Sans doute, sans mesurer totalement l'ampleur du phénomène, de la mobilisation, j'ai pris conscience, comme beaucoup de jeunes, de l'importance de s'impliquer dans le débat politique, de sauver la démocratie, de voter. Pour la 1ère fois, je m'engageais quelque peu dans un combat.
Car rappelons-le, l'extrême droite avec Le Pen en tête, c'est la haine et l'intolérance, la xénophobie et le racisme, la préférence nationale (« op toi t'as l'air français je te donne droit à un logement et un travail... en revanche celui qui a l'air un peu typé... ») et une politique conservatrice... La peine de mort, l'interdiction de l'IVG, de la pilule, de l'immigration, la fin de la protection sociale ou encore d'une école unique, c'est aussi çà l'extrême droite... Face à çà, une seule solution : le vote, notre vote, car ensemble nous pouvons affaiblir le FN. Cette année forte en échéances électorales nous rappelle que c'est notre plus forte arme pour lutter contre l'extrême droite !
Avec CIEL, nous avons mené de nombreuses campagnes d'information sur l'inscription des jeunes sur les listes électorales pour que chaque lycéen prenne conscience du pouvoir qu'il a entre ses mains : peser dans le débat politique ! Et je crois savoir que cette année on a dépassé des records en terme d'inscription... Espérons que tout le monde se souviendra d'un certain 21 avril 2002... En tout cas pour moi, ce fut le début de bien des combats...
Parce que nous existons tous autant que nous sommes, chacun de nous est une voix, chacun de nous a des droits sur les choix sociaux, économiques, culturels et politiques, et faisons-les valoir.
A au fait, le 21 avril 2002, 40% des 18-25 ans n'ont pas voté... mais je laisse Saez le dire beaucoup mieux que moi...

# Posté le mardi 16 janvier 2007 13:36

"Education on t'aime... et on veut te garder!!"

"Education on t'aime... et on veut te garder!!"
« Dans les rues françaises, les lycéens chantaient : éducation on t'aime et on veut te garder... Education on t'aime et on veut te garder... Et si Fillon s'en mêle, il va se faire jeter ... ». Février 2005 : tout le monde entend ou reprend ce slogan en c½ur... Car s'opposer à la loi Fillon, il s'agissait bien de sauvegarder notre éducation ! En effet, en plus des nombreuses suppressions de postes qu'ils soient de professeurs ou de surveillants, la suppression des TPE déjà effective, la réforme comprend un socle commun minimum de connaissances sans aucune ambition, où l'instauration d'une école à deux vitesses, la suppression des options pas assez « rentables » qui pourtant font la richesse de notre culture française, la bivalence des professeurs qui assumeront alors deux matières différentes ne garantissant plus une éducation de qualité sans compter l'adaptation de l'éducation aux besoins du marché local... Sans oublier bien sûr le contrôle continu au bac que comprenait initialement la réforme ! Dans ces conditions comment prétendre à des prépas ou autres écoles prestigieuses quand on vient d'un lycée modeste de Province face aux « géants parisiens »?
Mais à force de détermination, nous obtenons rapidement la marche arrière du gouvernement sur la question du bac en contrôle continu... mais seulement cela !! Pendant ce temps, le mécontentement continue de s'amplifier et le mouvement lycéen de prendre de l'ampleur. Faisant un rapide constat du manque d'efficacité des syndicats dans l'académie, davantage intéressé par l'apparition médiatique que la diffusion de tracts, avec plusieurs groupes de lycéens motivés, nous décidons de nous structurer pour faciliter l'organisation des différentes actions. Ce sont nos premières manifs (photos à l'appui), nos premières galères (c'est pas rien d'organiser des manifs quand on est en seconde – je vous épargne les galères de tirages de tracts, obtention de mégaphone, coordination des actions...) nos premières expériences syndicales mais aussi les plus intenses !
Malgré la succession de manifestations, d'actions coup de poing, le gouvernement demeure sourd à l'ensemble de nos revendications...Pourtant il est le représentant de la volonté du peuple, et que le plein respect de cette volonté implique non seulement de ne pas limiter les débats à l'Assemblée, mais aussi d'assurer la concertation avec les représentants des lycéens et des représentants de l'éducation nationale pour la prise en compte des malaises populaires. Le gouvernement se devait de rétablir le dialogue, et cela immédiatement. Au lieu de çà, Fillon s'obstine dans son manque d'ouverture... De notre côté, après plus de deux mois de mobilisation sans relâche, alors que la menace du bac plane sur nos têtes, nous commençons à être lassés... non pas du mouvement mais de ne pas être entendu par le ministre en dépit de notre mobilisation.
Loin de rester sur cet échec partiel, les convictions restent les mêmes et le groupe de militants se soude. Se battre pour ses valeurs que nous avons défendu (égalité entre les lycées et lycéens, défense d'un vrai service public de l'éducation...) ne doit pas être un mouvement ponctuel. Très vite, le cadre de la loi Fillon est dépassé, les objectifs sont nombreux et la détermination toujours la même... Le collectif lycéen devient alors CIEL, la suite, vous la connaissez...

# Posté le lundi 22 janvier 2007 16:21

Contrat Précarité Exclusion

Contrat Précarité Exclusion
« Chirac, Villepin et Sarkosy, votre période d'essai elle est finie.... »... Franchement celui qui m'aurait dit à la rentrée 2006 qu'on allait vivre un tel mouvement durant l'année j'aurai bien ri... Mais ce n'était pas sans compter l'autisme et les attaques de notre très cher gouvernement qui manifestement n'a tiré aucune leçon du mouvement Fillon !
Mi-janvier, le 1er ministre, Dominique DE VILLEPIN annonce son nouveau projet de loi : la loi sur l'égalité des chances dans laquelle se trouve le CPE. Mais cette loi et particulièrement le CPE, suscite très vite toute notre attention. Instauré pour les jeunes de moins de 26 ans, il généralise et élargit la précarité des salariés en instaurant une période d'essai de deux ans. Durant cette période, l'employeur peut à tout moment licencier le salarié, sans raison et sans délai. Plus que stigmatisée, le gouvernement veut nous plongé dans l'incertitude : incertitude pour trouver un logement, incertitude pour faire un emprunt, incertitude de garder son emploi, en somme incertitude de vie pendant deux ans... sans garantie d'avoir un CDI par la suite. Inquiet de voir notre mobilisation, déjà grandissante, se propager, le gouvernement fait passer son texte en force en utilisant l'article 49-3 de la constitution, rompant tout dialogue social, nouvelle preuve de mépris face aux aspirations de la jeunesse.
Très rapidement, le mouvement dépasse la jeunesse. Les salariés et l'ensemble de la société s'impliquent à nos côtés pour défendre notre droit du travail. Les cortèges grossissent toujours plus au fil des manifs pour atteindre un chiffre historique à deux reprises : 3 millions de manifestants dans toute la France criant leur hostilité à la précarité et leur solidarité. De notre côté, la bataille se fait de plus en plus dure au fil des semaines, mais la détermination ne va qu'en grandissant. Enchaînant blocage, occupation, intervention, manifestations, meeting, organisation, coordinations et les galères matérielles comme financières, on se dit que le gouvernement va bien finir par plier devant une telle mobilisation. Tout était intense : de l'occupation de la permanence UMP, aux nuits passées dans les lycées ou facs, en passant par les slogans arpentés dans le mégaphone toute la journée ou encore aux rencontres de personnes de tous horizons mais unies derrière un seul mot d'ordre : retrait du CPE et de la loi sur l'égalité des chances !!
Mi avril, après presque 3 mois de combat VILLEPIN annonce le « remplacement » du CPE par un nouveau dispositif facilitant l'emploi des jeunes en CDI dans les entreprises. Victoire certes, mais amer... 3 mois de lutte, 3 mois d'engagement, personnel et collectif, bref 3 mois d'une autre vie pour le retrait du CPE. Et la loi sur l'égalité des chances ? Et l'apprentissage à 14 ans ? Le travail de nuit pour les mineurs de moins de 15 ans ? Le CNE ? La responsabilité parentale ? Et... ? Frustration, amertume peuvent se lire sur nos visages mais c'est avant tout la satisfaction qui domine ! Parce que, en somme, ce sont 3 mois d'une aventure humaine, qui montre que l'unité peut encore exister dans notre pays, l'espoir demeurer, et la jeunesse mobilisée... 3 mois qui prouve que le combat avait toutes ses raisons d'être mené et que nous pouvions obtenir gain de cause grâce à la force de notre mobilisation malgré l'autisme du gouvernement... 3 mois aussi de mobilisations historiques, d'un mouvement sans précédent dans la Vème République, de la part d'un peuple uni et d'une jeunesse, qui refuse d'être sacrifiée et plus que jamais soucieuse de son avenir... Enfin 3 mois de combat, qui, espérons-le, se retrouveront dans les urnes en 2007...
« Chirac, Villepin et Sarkosy, votre période d'essai se finie le 22 avril 2007... »

# Posté le lundi 29 janvier 2007 15:55

Modifié le jeudi 01 février 2007 10:32

Coup de gueule !!!!

Coup de gueule !!!!
Je veux vous faire part de mon indignation. Ce matin, l'air encore un peu ébouriffée de la petite nuit que j'ai passée, alors que je me traînais jusqu'à ma salle de cours, j'entends deux personnes crier. Vous allez me dire rien d'exceptionnel pour un lycée quoiqu'il était bien tôt. Puis, l'un d'eux dit : « de toute façon c'est normal c'est un arabe, ce n'est que la logique des choses », un autre rajoutant, mort de rire : « en plus je suis sûr qu'il est homo »... Ces propos me tirant du demi-sommeil dans lequel j'étais encore plongée, je m'intéresse à la conversation et apprends alors que cette fameuse personne, cet « arabe », avait loupé son bac. Sûrement était-cela qui était normal... Je vous laisse alors imaginer ma réaction, moi, plus républicaine que jamais. Leurs réflexions étaient de trop ! Assez d'en entendre toute la journée ! Alors tentant de leur expliquer (avec toute la douceur qui me caractérise) que ce genre de propos raciste et homophobe est passible de prison, est une atteinte discriminatoire à la personne, je m'aperçois rapidement que ces trois lycéens étaient en réalité des fils des plus grands commerçants de la région, et que non sans gêne, ils étaient contents de me répéter le niveau dans les sondages d'un certain Le Pen... Comme quoi tout est lié ! Mais comme une chose n'arrive jamais seule, plus tard, alors que je faisais tranquillement la queue dans une boulangerie pour me remplir le ventre qui criait son vide depuis des heures, je surprends une conversation entre deux personnes âgées se plaignant qu'un de leur petit-fils n'ait pas obtenu un job, à cause d'un « bougnoule », comprenez l'expression la plus grave et discriminante pour désigner les personnes d'origine maghrébine.
Voilà ce soir je voulais vous faire part de mon indignation, ma colère. Mon exaspération au XXI ème siècle d'entendre encore ce genre de réflexions, de savoir que les personnes dont le nom n'est pas à consonance européenne ou dont les arrières grands-parents étaient nés dans un autre pays (donc français à part entière), ou encore qui n'habite pas le XVIème arrondissement de Paris mais une vieille cité oubliée de tous, ont 4 fois moins de chance de trouver un boulot, à compétence égale que n'importe quelle autre personne type « européenne ». Ma révolte de savoir que les homosexuels, toujours mal acceptés dans notre société, se suicident 3 à 4 fois plus que les « hétéros ». Ma déception que certaines voies professionnelles restent encore réservées uniquement aux hommes (plomberie, maçonnerie, mécanique) ou aux femmes (secrétariat, mode...). Et j'en passe...
Qu'est ce que la norme ? Est-ce qu'avoir la peau bronzée est-ce être anormal ? Pourtant quelque soit l'apparence physique, et le lieu d'habitation, celui qui s'appelle Mohamed ou Fatima est français comme vous est moi ! Ni plus, ni moins !Ou être homosexuel ? Cela s'appelle alors de l'hétéro centrisme : l'homo qui n'est pas comme tous les autres doit-il alors être rejeté ? On considère qu'il y a environ 10% d'homosexuels dans le monde, soit autant de gauchers ? Cela en fait-il des anormaux qu'il ne faut pas respecter et forcer à écrire avec la main droite ? Pourquoi devraient-ils avoir leurs preuves à faire ?
Malgré tout le combat que l'on a pu déjà mené avec CIEL, à l'extérieur comme à l'intérieur des lycées, les discriminations restent une terrible réalité. Mais il faut continuer à se battre pour faire d'une semaine d'éducation contre toutes les diverses discriminations une obligation, dénoncer tous les propos racistes ou homophobes, défendre nos valeurs d'égalité. Les initiatives doivent être multipliées et ne pas se limiter à des actions institutionnelles qui ont peu de réalité dans les lycées de province. L'égalité, pourtant inscrite sur tous nos frontons de mairie, il ne suffit pas de la proclamer : il faut la rendre réelle ! Cela est un combat de chaque jour !
Etre une femme ou un homme, homo ou hétéro, black, blanc ou beur n'est pas un choix ni une honte! On ne le devient pas, on l'est et ceux qui n'ont pas encore compris ce visage de la France n'ont en réalité rien de français !!
Ce soir, je rentre chez moi plus indignée que jamais, mais je suis sûre qu'ensemble, à force de détermination et de sensibilisation, nous arriverons à bannir définitivement ce genre de réflexions intolérables...

# Posté le mardi 30 janvier 2007 12:50

Modifié le jeudi 01 février 2007 15:00